COMITE AFRICAIN D’EXPERTS SUR LES DROITS ET LE BIEN-ETRE DE L’ENFANT
 

Message de Madame Agnès KABORE / OUATTARA Présidente par Intérim du CAEDBE à l’occasion de la Journée de l’Enfant Africain 2010 placée sous le thème : Planification et Budgétisation pour le bien être  de l’enfant : une Responsabilité Collective

Mesdames et Messieurs,
Comme  prévue dans les agendas des pays, la Journée de l’Enfant Africain est célébrée cette année sur notre continent qui souffre de plusieurs maux entre autres la famine, les maladies endémiques, la pandémie du VIH/SIDA, les conflits armés, les calamités naturelles, la crise économique, la pauvreté, les pratiques culturelles néfastes affectant la santé de la mère et des enfants etc...
La situation des enfants africains est  malheureusement liée à ce contexte socio économique  défavorable, caractérisé par un déni constant des droits des enfants. Même s’il est vrai que les conditions d’existence des enfants sont  presque  identiques sur notre continent, Il faut relever tout de même que toutes les régions  ont chacune leurs  particularités.
Si dans certaines régions la problématique de la malnutrition et de la survie de l’enfant sont plus  importantes, dans d’autres, les enfants sont utilisés comme des soldats, traités comme des sorciers, subissent  des violences de toutes sortes même dans les institutions et au sein des familles sensées les protéger ou encore n’ont que seul cadre de vie la rue.
 La question de la scolarisation et surtout celle des filles, la problématique de l’accès à l’eau potable, les pires formes de travail  et la traite des enfants, la mortalité infantile et maternelle, renseignent que plus de deux décennies après le sommet mondial sur les enfants de 1990, les enfants africains continuent de vivre une existence difficile qui souvent s’achève prématurément.
Les statistiques confirment tristement la situation tragique des enfants africains ; en effet selon le Rapport africain sur le bien être de l’enfant en Afrique de 2008 , 43% de la population  subsaharienne vivait avec moins d’un (1) $ par jour en 2005,  45% des enfants n’étaient pas enregistrés à la naissance de 1999 à 2006, 25% de décès d’enfants chaque année sont dus au paludisme, 6% de décès d’enfants sont dus au VIH, 500 000 enfants meurent le jour de leur naissance, 1 000 000 de bébés sont morts nés chaque année, 1 000 000 de bébés meurent durant leur premier mois de vie. Le rapport note également que 800 000 de ces cas de décès sont évitables.
 On estime également qu’un tiers (1/3) des enfants africains souffraient en 2006 de retard de croissance, 4 100 000 enfants en 2007 avaient un poids à la naissance inférieur à 2 kg…
Pourtant depuis l’accession des pays africains à l’indépendance  dont la majorité célèbre le cinquantenaire en 2010, en plus des Réformes politique, économique, des efforts ont été consentis  pour la  mise en place progressive de  cadres législatifs de promotion des droits des enfants.
C’est ainsi que les Gouvernements africains ont ratifié la plupart des Traités et Conventions Internationaux et normaliser les cadres nationaux de protection de l’enfant.  Parmi ces instruments figurent la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), la Convention 182 de l’Organisation Internationale du Travail(OIT) sur les pires formes de travail des enfants et l’action immédiate en vue de leur éradication, la Convention 138 de l’OIT sur l’âge minimum d’admission à l’emploi, la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée(CTO), le Protocole additionnel à la CTO visant à prévenir à réprimer et à combattre la traite des êtres humains en particulier des femmes et des enfants (convention de Palerme) et la Charte africaine des droits et du bien être de l’enfant etc.
 A ce jour quarante cinq (45) Etats ont ratifié la Charte africaine des droits et du bien être de l’enfant manifestant ainsi un temps soit peu leur engagement à promouvoir les droits de l’enfant.
Si la ratification des instruments juridiques en faveur de la promotion des droits des enfants est un acte fort que nous apprécions positivement, nous attachons du prix à leur mise en œuvre qui permettra d’améliorer le bien être de l’enfant africain.
Il est à noter que la complexité, l’urgence et l’interdépendance tant au plan national que régional des problèmes et singulièrement ceux  relatifs avec la survie de l’enfant  nécessitent des approches  associant tous les acteurs de la promotion des droits des enfants (dans un espace territorial donné) et prenant en compte la prise en charge intégrée des besoins de l’enfant.
Aussi vu l’importance des questions à résoudre par les Etats afin de mettre à la disposition de la société un capital humain sain d’esprit et de corps, la problématique des droits et du bien être de l’enfance doit être au cœur des priorités nationales  de l’éradication de la pauvreté et de la promotion du développement.
L’élimination de la pauvreté est fondamentale car elle permet de réaffirmer l’importance de l’être humain dans les politiques des Gouvernements et dans les initiatives des autres acteurs. La pauvreté, source de conflits et d’instabilité, menace gravement la paix qui est la principale condition d’épanouissement et de développement  pour les enfants africains.  
Partant du constat  qu’aucun pays ou  aucune entité ne peut à lui seul relever les nombreux défis  relatifs à la situation des enfants africains, le développement du partenariat intégrant  le respect du rôle de régulation de l’Etat, doit se développer entre les Pays, les Partenaires au développement, les Organisations non Gouvernementales, la Société civile  et le Secteur privé.
Cette collaboration serait efficace au travers des programmes de développement en cohérence avec  la logique de mise en œuvre des Conventions et autres Traités ratifiés et singulièrement avec une attention particulière à la Charte.
Dans un contexte  caractérisé par la crise économique, une autre question importante à résoudre  est celle liée à  la mobilisation des ressources pour la mise en œuvre des programmes de développement  qui contribueront à l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement.
L’insuffisance des ressources à elle seule n’explique pas les problèmes liés à la budgétisation et à la planification en faveur de l’enfant africain. En effet plusieurs facteurs entravent la conception et la mise en œuvre  des programmes de protection de l’enfance sur notre continent tant au niveau central qu’opérationnel : la non prise en compte adéquate de certains aspects de la protection des enfants dans les programmes nationaux au regard des besoins réels de prise en charge des enfants, la non utilisation efficiente des ressources, la non participation des enfants dans la planification et la budgétisation des programmes, le manque d’informations stratégiques et de données statistiques ciblées et fiables sur la situation des enfants dans certains domaines, la faible coordination programmatique et la non maitrise de la traçabilité des ressources financières.
Pourtant les Etats parties, aux termes de l’article 1 de la Charte africaine sur les droits et le bien être de l’enfant,  s’engagent à prendre toutes les mesures nécessaires conformément à leur procédures constitutionnelles et aux dispositions de la Charte pour adopter toutes les mesures législatives ou autres pour donner effet aux dispositions de la Charte.
Aussi la mise en œuvre de la Charte considérée comme un défi majeur pour les Etats parties devrait s’appuyer sur une planification et une budgétisation en faveur des enfants.
Même si de nombreux efforts sont déjà consentis par les pays africains dans certains domaines comme l’éducation et la santé, il reste encore des insuffisances dans la programmation et la budgétisation  en ce qui concerne certaines problématiques nécessitant la protection des enfants vulnérables.
 La planification qui est une étape importante de la mise en œuvre d’un programme,   permettra la programmation d’actions et d’opérations à réaliser en faveur des enfants avec des objectifs et des moyens précis dans une période bien déterminée et bien entendu l’évaluation des coûts à y consacrer.   La prévision, le budget, les scénarios, les probabilités et les solutions alternatives  constituant les outils élémentaires de la planification, facilitent le plaidoyer pour la recherche de financement en faveur des activités.
C’est pourquoi le thème de la journée de l’enfant africain de l’année 2010 « Planification et Budgétisation pour le bien être de l’enfant : une Responsabilité Collective » vient à point nommé, car elle offre  des opportunités d’échanges, de réflexion et de plaidoyer dans les pays africains sur une préoccupation fondamentale dont la prise en compte favorisera une meilleure amélioration des conditions de vie des enfants sur le continent.   
La planification et la budgétisation étant des étapes essentielles à la recherche de financement, la responsabilité de tous les acteurs est engagée dans ce processus qui s’intègre parfaitement à la conception des programmes nationaux de développement, à la logique d’intervention des Organisations de la société civile et  à l’ordre logique de fonctionnement des Communautés et des familles.
Les exigences de la planification en termes d’informations et de contrôle, nécessitent une  synergie d’actions dont la collaboration et le partenariat sont les clés de sa réussite. C’est de cette manière que la responsabilité de tout un chacun est engagée pour réaliser le souhait d’une « Afrique digne des enfants ».
Cette   responsabilité que nous souhaitons collective, se situe au niveau national, des partenaires au développement, des collectivités et de la famille qui est la plus petite organisation sociale en Afrique et dans le monde.
Au niveau étatique le meilleur indicateur pour mesurer l’engagement des Gouvernements pour les enfants est la proportion des ressources destinées à des programmes en faveur de ceux-ci. Selon le Rapport sur la situation des enfants en Afrique , sur 52 pays, 20 ont un bon score de bienveillance envers les enfants. Or selon la même source le bon score d’un pays ne se rapporte pas nécessairement à son niveau économique.
Aussi s’il est vrai que le manque ou l’insuffisance  de ressources ne peuvent justifier le manque de programme en faveur des enfants, la volonté politique, la prise en compte de la protection des enfants dans les programmes de développement, la mobilisation des acteurs, la planification et la budgétisation des activités qui favorisent une visibilité des efforts, pourraient être considérées.
Les contributions financières des partenaires au développement  est nécessaire pour soutenir les programmes d’interventions simples et efficaces pouvant sauver de nombreuses vies des enfants sur le continent.   Aussi  est –il attendu des donateurs le respect des engagements et l’accélération des efforts pour fournir le financement indispensable aux programmes de protection des enfants en Afrique.
Aussi le thème de la journée de l’enfant africain de cette année nous interpelle à réfléchir d’avantage sur le développement du partenariat se traduisant par  la complémentarité entre acteurs et l’utilisation efficiente des ressources en faveur des enfants
Le processus de décentralisation en cours dans les pays africains offre aussi des opportunités de planification et de budgétisation à exploiter par tous les acteurs de la promotion des droits de l’enfant. Des programmes cohérents et pertinents pour la protection des enfants doivent être conçus et mis en œuvre par tous les acteurs en évitant les interventions anarchiques et les doublons qui ne favorisent pas l’optimisation des ressources destinées à la protection des enfants.
En Afrique, jadis les fonctions essentielles assumées par la famille lui conféraient une place de choix dans la protection et le bien être de l’enfant. De nos jours, les fléaux émergents, la perte de certaines valeurs traditionnelles positives telle que la solidarité, l’instabilité de la famille, la désintégration du tissu social, la pauvreté des ménages offrent un cadre familial parfois non sécurisant pour les enfants.
Pourtant la famille doit être un lieu par excellence de planification et de budgétisation des activités de prise en charge des enfants. C’est dans la famille, cellule de base de la société que toute bienveillance en faveur des enfants devrait d’abord  voir le jour.
 Malheureusement aujourd’hui on constate que les familles africaines traversent une crise sans précédent (familles mono parentales parfois dirigées par un enfant) qui les désorganise et les rend inaptes à faire face à certaines situations liées au bien être de leurs enfants.   
Aussi le renforcement des capacités des familles, plus particulièrement en matière de planification, de budgétisation et de gestion  en faveur des enfants va les outiller à l’utilisation efficiente des ressources en faveur de ces derniers.
C’est  donc à tous les niveaux que des efforts doivent être consentis et des stratégies développées pour l’accès des enfants aux services sociaux de base.
A propos, cette citation de Koffi Anane, ancien Secrétaire Général des Nations Unies qui résume l’esprit du thème du 16 juin, mérite d’être suivie d’effet : « Nous devons mettre les meilleurs intérêts des enfants au cœur de toute décision politique et sociale et au centre de nos activités et de nos comportements quotidiens….Nous pouvons construire un monde qui convienne aux enfants, si chacun de nous fait sa part et considère que le bien être des enfants est sous notre propre responsabilité .
Tous unis et avec de la volonté nous pouvons changer positivement les conditions difficiles d’existence des enfants africains qui semblent être une fatalité. Ensemble disons non au cercle vicieux qui a pris en otage les enfants africains et leurs parents.
Avant de terminer je voudrais dire aux enfants africains que leurs parents les aiment et souhaitent le meilleur pour eux. Nous attendons aussi d’eux leur participation active à la réflexion sur le thème de la journée de l’enfant africain.
Le Comité Africain d’Experts sur les Droits et le Bien être de l’Enfant en s’appropriant une des Recommandations du Forum des ONG sur la Charte de 2010, souhaite que les enfants participent aussi à l’identification des thèmes de la journée en faisant des propositions  concrètes sur des problématiques les concernant.
Bonne fête aux enfants africains
Bonne fête à tous.
                                                              
Mme Agnès Kaboré  / Ouattara

                                                                         
Présidente par Intérim du Comité                                                                          
                                                                                                                                                   

Le Rapport Africain sur le Bien- être de l’Enfant : Jusqu'à quel point les gouvernements africains sont-ils bienveillants envers les enfants ?
(The African Child Policy Forum)

Le Rapport Africain sur le Bien- être de l’Enfant : Jusqu'à quel point les gouvernements africains sont-ils bienveillants envers les enfants ?
(The African Child Policy Forum)

   
 

 

  Document sans nom


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